A l’origine

En 1978, les autorités de la jeune république mozambicaine demandent à des cinéastes connus de venir filmer les mutations du pays. Jean Rouch propose, à la place, de former de futurs cinéastes locaux afin qu’ils puissent filmer leur propre réalité. Avec Jacques d’Arthuys, attaché culturel de l’Ambassade de France, ils constituent un atelier de formation au cinéma documentaire à la pédagogie toujours actuelle : l’enseignement par la pratique. Après cette première expérience, seront créés en 1981, les Ateliers Varan à Paris.

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L’enseignement par la pratique

Aux Ateliers Varan, on apprend, en s’initiant à la pratique du cinéma documentaire, à ouvrir son regard sur le monde.

Ce n’est pas une école au sens classique et académique du terme : les méthodes de travail y poussent à l’extrême le principe de l’enseignement par la pratique. Tout s’articule, pour chaque étudiant, autour de la fabrication de films « en grandeur réelle ». C’est aussi un espace de liberté hors des contraintes des lois du marché audiovisuel, on y incite les stagiaires à traverser une véritable expérience cinématographique. Les apprentis cinéastes y apprennent à chercher leur propre chemin de langage. C’est en réalisant son film que chaque stagiaire s’initie à l’écriture cinématographique, à la prise de vue, à la prise de son, à la réalisation et au montage.

Réaliser accélère et inscrit durablement l’apprentissage.

Dans la lignée du cinéma direct de Jean Rouch, Richard Leacock, Pierre Perrault ou Frederick Wiseman, l’enseignement aux Ateliers Varan, c’est apprendre à rendre la parole trop souvent dérobée au sujet filmé, lui restituer sa respiration propre et ses complexités, dans la durée. C’est également apprendre sinon à s’effacer, du moins à se mettre au service, en recherchant la place la plus pertinente, à définir son point de vue, à situer son regard.

C’est participer à tous les stades de la fabrication d’un film, puisque l’on y fait immanquablement l’image et le son de celui des autres stagiaires. C’est aussi une pédagogie en mouvement, où le passage obligé par un partage collectif à tous les stades de la fabrication du film enrichit la démarche individuelle, aiguise le regard critique  Suscité par les choix et principes généraux qui sont proposés aux stagiaires, on peut s’apercevoir avec le temps qu’apparaît un véritable « style Varan ».

En complément de la formation à la réalisation de 12 semaines, mondialement réputée, les Ateliers Varan ont créé un ensemble de formations professionnalisantes qui explorent les pratiques actuelles du documentaire, de l’écriture d’un projet à la conception  d’un web documentaire en passant par l’apprentissage du montage et l’approfondissement de la réalisation sonore d’un film. Ces nouvelles formations adaptées à l’essor de la vidéo numérique et au contexte actuel de la production documentaire, mettent en œuvre la pédagogie collective développée par les Ateliers Varan dans un aller-retour permanent entre pratique et réflexion éthique, analyse d’œuvres marquantes et recherche d’une écriture personnelle.

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Un état d’esprit

Quelques choix et principes généraux sont proposés aux stagiaires.

Tout film invente son système d’expression, parfois en dehors des règles ou des habitudes. Le cinéma documentaire ne peut pas greffer sur le monde un dispositif prédéfini, il doit être imaginé, testé, ajusté. Aux Ateliers Varan, on ne délivre pas de recette pour réaliser ou monter un film, il n’en existe pas. Nous cherchons à accorder les regards et le jugement autour de notions fortes : l’intérêt, la sincérité, le respect des personnes filmées, la probité d’une démarche de réalisation que le montage vient préciser et renforcer.

Tout tournage documentaire rencontre de l’imprévu : la réalité dépasse le cadre des idées préconçues, les personnages ne se laissent pas réduire à des archétypes. Il convient d’ajuster continuellement le film à cette complexité, l’expérience de la réalisation doit modifier et enrichir notre regard.

Il ne s’agit pas uniquement de décrire la réalité mais de la questionner. Il n’y a pas de neutralité du regard documentaire, les films ouvrent une fenêtre sur le monde et sont aussi immanquablement traversés par lui. Mais le documentaire ne propose pas un système de connaissance, il ouvre plutôt un espace pour la pensée : ce qui porte les films, ce sont les questions plutôt que les réponses.

Le sérieux de l’observation n’exclut pas la nécessité d’une dimension dramaturgique : le film peut ménager des mystères, des suspenses, des surprises, des renversements, il peut laisser la place à l’émotion.

Le réel ne se dépose pas simplement sur les bandes magnétiques, il faut le « mettre en scène ». Mise en scène n’est pas synonyme de manipulation, mais il convient de prendre en compte que tout documentaire élabore un point de vue, construit une représentation, interprète la réalité, construit des personnages.

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Les Ateliers à l’étranger

Depuis l’origine, les Ateliers Varan mettent en place des ateliers dans différents pays du monde. À l’issue du stage de réalisation, ils accompagnent les stagiaires du pays le temps nécessaire pour assurer le fonctionnement autonome et pérenne de l’atelier.

Il y a vingt cinq ans, les Ateliers Varan s’attachaient à donner à ceux qui n’y avaient pas accès, la possibilité de maîtriser les outils audiovisuels. Aujourd’hui, l’usage de la vidéo numérique s’est démocratisé presque partout. Cependant, l’uniformisation des médias de masse laisse peu de place à l’émergence d’un regard d’auteur. Le genre documentaire est même souvent absent du nouveau paysage audiovisuel de bien des pays.

Les Ateliers Varan préconisent un recrutement ouvert, représentatif des différentes réalités sociologiques du pays. L’expérience a prouvé que cette diversité ethnique, culturelle, professionnelle, crée des échanges, favorise une dynamique et une réflexion particulièrement fertiles.

Raconter une grande ville, un pays, ou tout au moins faire sentir quelques-uns de ses visages les plus représentatifs est une entreprise difficile. Les films réalisés montrent un éventail de situations et de personnages qui, dans son ensemble, permet de mieux saisir la complexité du pays.

Certains de ces ateliers ont eu une existence éphémère – le temps de mettre en place un ou deux stages – mais ils ont permis la formation de cinéastes et la production de films  (Mexique, Kenya, Roumanie, Venezuela). En revanche, dans d’autres ateliers (Papouasie Nouvelle-Guinée, Philippines, Afrique du Sud, Cambodge, Colombie, Serbie, dernièrement dans le Sud-Caucase – Géorgie, Arménie et Azerbaidjan- ou en Afghanistan, et actuellement au Vietnam et en Egypte), un travail suivi a pu être effectué sur plusieurs années, des groupes forts se sont structurés.

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L’équipe

Une quarantaine de professionnels du cinéma (réalisateurs, chefs monteurs, producteurs, ingénieurs du son, chefs opérateurs …) constitue l’équipe des Ateliers Varan. Ils transmettent leur expérience et leurs pratiques professionnelles dans les formations et les ateliers qu’ils organisent.

Emmanuelle BAUDE – Chef monteuse – Anne BAUDRY – Chef monteuse – Khadicha BARIHA – Chef monteuse – Emanuelle BIDOU – Réalisatrice – Jacques BIDOU – Producteur – Simone BITTON – Réalisatrice – Catherine BIZERN – Productrice artistique – Marie Bonnel – Présidente des Ateliers Varan – Corinne BOPP – Programmatrice – Jean-Louis COMOLLI – Réalisateur –  Richard COPANS  – Producteur et réalisateur – Jean-Noël CRISTIANI – Réalisateur – Sylvaine DAMPIERRE – Réalisatrice – Yves DE PERETTI – Réalisateur – Daniel DESHAYS – Ingénieur du son – Alice DIOP – Réalisatrice – Jean-Pierre DURET – Ingénieur du son et réalisateur – Leonardo DI COSTANZO  – Réalisateur – Dominique FAYSSE  – Chef monteuse – Sylvie GADMER – Chef monteuse et réalisatrice – Patrick GENET – Chef opérateur son – David GHERON TRETIAKOFF – Réalisateur – Frédéric GOLDBRONN – Réalisateur – Claude GUISARD – Producteur – Tiago HESPANHA – Réalisateur et producteur – Anca HIRTE – Réalisatrice – Daniele INCALCATERRA – Réalisateur – Elisabeth KAPNIST – Réalisatrice  – Adriana KOMIVES – Chef monteuse –  Perle MØHL – Anthropologue et réalisatrice – Mariana OTERO – Réalisatrice – Dominique PÂRIS – Chef monteuse – Renaud PERSONNAZ – Chef opérateur – Jean-Loïc PORTRON – Réalisateur – Catherine RASCON – Chef monteuse –  Aurélie RICARD – Chef monteuse – Chantal ROUSSEL – Trésorière – Emmanuel ROY – Réalisateur –  Claire SIMON – Réalisatrice  – Anne TOUSSAINT – Réalisatrice –  Marie-Claude TREILHOU  – Réalisatrice – André VAN IN  – Réalisateur – Catalina VILLAR – Réalisatrice

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Les intervenants

Quelques exemples d’intervenants des éditions précédentes :

Claire ATHERTON – Bruno AUZET – Julie BERTUCCELLI – Philippe BOTIGLIONE – Pierre CARRASCO – Carmen CASTILLO – Daniel DESHAYS – Ariane DOUBLET – Marie-Pierre DUHAMEL-MULLER – Patricio GUZMAN – Cédric JOUAN – Nino KIRTADZE – Fabien KRZYZANOWSKY – Boris LEHMAN – Sébastien LIFSHITZ – Stéphane MERCURIO – Avi MOGRABI – François NINEY – Annick PEIGNE-GIULY – Anita PEREZ – Nicolas PHILIBERT – Jérôme PRIEUR – André RIGAUD – Jean-Pierre SARRAZAC – Pierre STOEBER – Jean-Pierre THORN -…

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Les Ateliers Varan, école de cinéma reconnue à l’échelon international, est membre du CILECT (Centre International de Liaison des Ecoles de Cinéma et de Télévision) qui regroupe les principales écoles de cinéma du monde entier et du GEECT (Groupement Européen des Ecoles de cinéma et de Télévision), département européen du CILECT.

CILECT France

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« Les Ateliers Varan, école de cinéma documentaire » sur France Culture