L’Intrusa, le dernier film de Leonardo di Costanzo, sort dans les salles françaises le 13 décembre 2017.

 

Naples. Aujourd’hui. Giovanna, travailleuse sociale combative de 60 ans, fait face à une criminalité omniprésente. Elle gère un centre qui s’occupe d’enfants défavorisés et offre ainsi une alternative à la domination mafieuse de la ville. Un jour, l’épouse d’un criminel impitoyable de la Camorra, la jeune Maria, en fuite avec ses deux enfants, se réfugie dans ce centre. Lorsqu’elle lui demande sa protection, Giovanna se retrouve confrontée, telle une Antigone moderne, à un dilemme moral qui menace de détruire son travail et sa vie.

 

Bande annonce :

 

Leonardo di Constanzo, membre et formateur aux Ateliers Varan, est originaire d’Ischia. Après avoir réalisé plusieurs documentaires (« Cadenza d’Inganno », 2011 ; « Les sept marins de l’Odessa », 2006 ; « Un cas d’école », 2003 ; « En quête d’Etat », 1999), sélectionnés et primés dans les plus festivals internationaux, il s’est vers la fiction ces dernières années (« L’intervallo », 2012 ; « L’avant poste », un des 13 courts métrages du film collectif « Les Ponts de Sarajevo », 2014).

 

Note du réalisateur :

Je me suis souvent intéressé aux gens qui vouent leur vie à la médiation sociale. Plus précisément à ces gens qui, de par l’endroit où ils vivent, offrent un point de vue privilégié pour raconter un quartier, une ville ou une société dans un contexte historique particulier : un professeur d’école dans une banlieue délabrée (Un cas d’école, 2003), un maire qui veut rétablir l’état de droit dans une ville dominée par le trafic mafieux (En quête d’Etat, 1999).

Au coeur de L’Intrusa, on trouve quelques-uns des « héros » des temps modernes. Des gens dont, selon moi, on ne parle pas assez, eu égard à leur importance sociale et aux problématiques auxquelles ils se confrontent. Des gens qui, en raison de leurs convictions politiques, religieuses ou simplement humanistes, décident de dédier leur vie à une cause sociale. Ils ont à faire avec les pauvres, les déclassés de nos banlieues où le crime organisé est quasi institutionnalisé. Ce qui est intéressant, ici, c’est le système de valeurs du bénévolat, de groupes formés de façon spontanée – dans la plupart des cas –, souvent autofinancés et nés d’une forte motivation personnelle. En plus d’un intérêt sociologique, ce sont les potentiels narratifs que ces réalités recèlent qui m’attirent. Parce que c’est dans ces contextes qu’une idée de société peut s’inventer, ou davantage encore : une idée de l’Homme.

J’ai l’impression d’y trouver les éléments narratifs classiques : le héros, les obstacles qu’il rencontre, la communauté, le conflit moral. Le scénario a été écrit au cours d’une longue période de recherches, d’observations et de rencontres avec les personnes et les groupes qui travaillent dans le centre de Naples et dans sa périphérie, là où se déroule l’histoire. Ce qui est raconté dans le film s’inspire d’événements qui, pour partie, ont réellement eu lieu : Giovanna a créé un centre communautaire récréatif dont elle est une figure clé, qui s’occupe d’enfants en danger. C’est en fait plus que ça : un refuge, une alternative à la logique mafieuse du quartier. Un endroit où on essaie de prouver que des formes de coexistence échappant à l’oppression et à la violence mafieuses sont possibles dans ce quartier aussi. Un îlot où règnent la solidarité, le partage, le respect mutuel, où l’espoir d’une autre vie renaît. Dans ces « zones frontières », les gens ne cessent d’expérimenter de nouvelles formes de cohabitation. Les limitations, qui partout ailleurs séparent ce qui est rejeté de ce qui est bien accueilli, ce qui est acceptable de ce qui ne l’est pas, y sont sans arrêt déplacées, ajustées. On se heurte toutefois souvent à des résistances qui, si elles ne sont pas justifiables, peuvent du moins se comprendre.

L’Intrusa est un film dans lequel la Camorra est présente, mais ce n’est pas un film sur la Camorra. C’est un film sur ceux qui vivent avec elle jour après jour, sur ceux qui, jour après jour, essaient de lui prendre du terrain, de rallier des gens à leur cause, de parvenir à un consensus social sans pour autant être juge ou policier. C’est une histoire qui raconte la difficulté à trouver la juste mesure entre la peur et l’acceptation, la tolérance et la fermeté. Une histoire qui aujourd’hui, je crois, peut aussi interpeler ceux qui ne connaissent pas la Camorra, mais qui vivent d’autres formes de cohabitation avec la peur et la méfiance. L’« Autre », l’élément étranger qu’on perçoit immédiatement comme dangereux, voilà, me semble-t-il, un thème particulièrement présent dans les temps que nous traversons.

 

Film présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs

ITALIE | SUISSE | FRANCE / DCP / 1:85 / COULEUR / 2K / 5.1 / 95mn