ACTUALITES : PROJECTIONS PARISIENNES DE FILMS VIETNAMIENS

un bonheur simple2

Samedi 23 janvier à 15h45 au Musée de l’Homme :

séance de rattrapage du palmarès du festival Jean Rouch : « Tim Phonh » (« Finding Phong »), dernier long-métrage de Tran Phuong Thao et Swann Dubus, Grand Prix du festival (2015, 1h32)

Mardi 9 février à 20h30 au Forum des images :

séance Varan au Vietnam avec deux films d’atelier, qui ont remporté de nombreux prix en festivals,« Rêves d’ouvrières » de Tran Phuong Thao (2006, 52’) et « Un bonheur simple » de Nguyen Minh Ky (2010, 34’)

Jeudi 11 février à 20h00 au Centre Pompidou, cinéma 2, dans le cycle « corps filmés » :

« Tim Phonh » de Tran Phuong Thao et Swann Dubus (2015, 1h32)

Mardi 16 février à 20h00 aux Ateliers Varan :

« A qui appartient la terre » de Doan Thi Hong Lê (2009, 50’) et « Un week-end à Haiphong avec mes parents » de Thu Duong Mong (2016) – sous réserve

 

EVOLUTION DE L’ATELIER DE REALISATION DOCUMENTAIRE VARAN VIETNAM

FINDING PHONG

Lors de son passage à Paris pour la projection du film qu’elle a co-réalisé avec Swann Dubus « Finding Phong », Tran Phuong Thao nous fait part de l’évolution de l’atelier de réalisation de films documentaires Varan Vietnam.

Créé il y a 12 ans (2004), l’atelier s’est tenu chaque année depuis lors, dans différentes  villes (Hanoï, Da Nang, Hô-Chi-Minh-Ville), formant ainsi, trois mois durant, des jeunes de différentes régions du Vietnam. Réuni autour d’une idée commune du cinéma et du désir de se démarquer des productions commerciales et des films de propagande, est né un véritable collectif de réalisateurs, monteurs, cadreurs, preneurs de son, traducteurs et producteurs. Pour gagner leur vie, les uns ont trouvé leur place sur le marché du cinéma vietnamien (comme assistants de production, de réalisation, comme scénaristes pour feuilletons télévisés, etc.), d’autres répondent à des films de commande institutionnelle, ou encore travaillent comme journalistes à la télévision publique. Ils peuvent ainsi mener leurs projets personnels, en toute liberté, dans le cadre de l’atelier.

Depuis 2011, « Varan Vietnam » est devenu une société de production et de diffusion, singulière dans sa structuration, chaque réalisateur participant aux films des autres, à divers titres.

Fort de cette multiplicité, de cette solidarité, et grâce aussi au succès international de films réalisés en ateliers, « Varan Vietnam » est aujourd’hui l’une des rares sociétés de production de films documentaires du pays. « Varan Vietnam » occupe une place à part dans le paysage cinématographique du pays, en produisant des longs-métrages.

 

Passage de relais

Aujourd’hui, l’objectif de l’atelier de devenir autonome et pérenne se concrétise. En effet le prochain stage aura lieu en été 2016 en partenariat avec l’Université Hoa Sen à Hô-Chi-Minh-Ville, et sera encadré par les anciens stagiaires, devenus cinéastes indépendants.

 

Des films témoins de la transformation d’une société

Les films, réalisés au sein de l’atelier depuis 12 ans, ont connu un vrai succès tant au Vietnam qu’à l’étranger. De nombreux films ont été sélectionnés et primés dans les festivals internationaux. La presse vietnamienne s’en est fait l’écho.

Ces derniers temps le Vietnam a énormément changé. Les films rendent compte des métamorphoses, des transformations sociales et économiques, de la jeunesse, de la réalité quotidienne des vietnamiens.

 

Un nouveau cinéma documentaire

Ce sont les Ateliers Varan qui, à travers les stages, ont introduit au Vietnam, les outils légers et le son direct, pour pouvoir approcher, d’une nouvelle façon, les réalités contemporaines du pays. Ce que les cinéastes de l’atelier ont pu expérimenter et les spectateurs vietnamiens découvrir, c’est l’expression, la parole des personnages par eux-mêmes, là où autrefois l’Etat imposait sa vision des choses. Dans ces films de propagande, un commentaire pré-écrit, visé par la censure, sur lequel étaient posées de belles images, donnait la version officielle de l’Histoire du Vietnam. La nouvelle démarche documentaire, l’exploration des ressources de la narration, de la mise en scène, de la réalisation documentaires, ont permis aux jeunes cinéastes de donner leur vision et de filmer la version « réelle » du quotidien, de l’histoire, de la mémoire, des gens ordinaires.

Les instances audiovisuelles, d’abord rétives à cette nouvelle approche, ont fini par l’adopter. Sur les chaînes de télévision, la forme même des documentaires et des reportages classiques évolue, en  donnant une place plus importante aux témoignages et à l’expression directe. Les cinéastes membres de l’atelier, travaillant comme journalistes sur les chaînes publiques, y ont largement contribué.

Depuis, certains films de l’atelier ont été diffusés, comme « Pour toujours à tes côtés » de Nguyên Kim Hai. Des cinéastes de l’atelier ont été invités à participer à des talk shows, comme Tran Phuonh Thao. Et le film de Nguyen Thi Tham « Le dernier voyage de Madame Phung » est sorti en salles obtenant un impressionnant succès.

 

PORTRAITS ET PARCOURS

Tran Phuong Thao

THAOAyant étudié le commerce extérieur et l’interprétariat à Hanoi, elle vient ensuite à Paris pour suivre un Master à Sciences Po. Elle y découvre le cinéma et part faire un DESS en réalisation documentaire à l’Université de Poitiers. De retour au pays, elle participe à l’atelier Varan Vietnam, d’abord comme traductrice, puis comme stagiaire et réalise  « Rêves d’ouvrières », sur des jeunes femmes de la campagne rêvant de devenir ouvrières à Hanoï. Ce film est sélectionné dans de nombreux festivals internationaux, reçoit des prix, dont un au Cinéma du Réel, et rencontre un vrai succès public et critique.

Elle reçoit ensuite la commande de plusieurs films institutionnels, qu’elle réalise avec Swann Dubus. En 2011, ils réalisent ensemble « Avec ou sans moi », qui traite de la drogue et de ses répercussions dans la vallée de Dien Bien Phu, zone de production et de commerce de l’opium, à travers l’histoire de deux femmes séropositives accompagnant la désintoxication de leur mari. Ce long-métrage tourne beaucoup en festivals (Leipzig, Turin, Marseille, etc.) et reçoit le Grand Prix au DMZ, festival de films documentaires en Corée, également doté de l’un des plus grands fonds d’aide aux films asiatiques de tout le continent. En 2015, ils tournent « Tim Phonh » (« Finding Phonh »), co-produit par Varan Vietnam, sur un jeune homme qui, se sentant fille piégée dans un corps de garçon, décide de changer de sexe. Ce film voyage dans les festivals de New-York, Buenos Aires, San Francisco, Taïwan, Hong Kong, Paris, etc. Le mois dernier, il a remporté le Grand Prix au Festival Jean Rouch à Paris. Début 2016, il sera diffusé à Paris : au Musée de l’Homme le 23 janvier, à la Gaîté Lyrique et au Centre Pompidou le 11 février. Ce film expose un sujet sensible, peu représenté au cinéma et à la télévision jusqu’à lors. Cependant, ce sujet est de moins en moins tabou dans la société ; une loi a même été adoptée récemment, faisant du Vietnam le seul pays en Asie à autoriser aux gays et lesbiennes de vivre en couple et aux transsexuels de pouvoir changer officiellement d’identité.

Thao et Swann viennent de terminer un court-métrage, produit par une société londonienne, sur la question des minorités ethniques et de leur accès à la santé. Ils travaillent actuellement sur un nouveau projet pour lequel ils filment, à travers un groupe d’ouvriers sur un chantier de travaux publics, la transformation d’un vieux quartier d’Hanoï, en nouveaux ensembles d’immeubles résidentiels et de bureaux.

 

Nguyen Thi Tham

THAMElle étudie le cinéma et le théâtre à Hô Chi Minh Ville, avant de suivre la formation Varan. Elle réalise dans ce cadre deux films courts « Bonjour mon enfant, bonjour mon bébé » en 2005 et « Grand-père et petit-fils » en 2006. Elle réalise ensuite son premier long-métrage « Le dernier voyage de Madame Phung », produit par Varan Vietnam et l’INA, avec le soutien de l’OIF. Ce film, suivant le parcours d’une troupe de chanteurs travestis, est sélectionné au Cinéma du Réel, puis dans une multitude de festivals internationaux (France, Etats-Unis, Chine, Malaisie, Indonésie, Laos, Myanmar, Vietnam…), où il reçoit plusieurs prix. Mais il représente surtout une date historique au Vietnam : il est le tout premier film documentaire à sortir en salles dans le pays. Il fait ainsi le buzz dans la presse et le public lui réserve un excellent accueil. A l’affiche dans 5 villes différentes et pendant 2 mois, il cumule 40 000 entrées. Il est aujourd’hui distribué à l’étranger et notamment aux Etats-Unis.

Depuis, la société de production de Son Tung, célèbre pop-star nationale, a passé commande à Tham d’un film sur cette idole de la jeunesse vietnamienne, en vue d’une sortie en salles.

 

Trinh Dinh Lê Minh 

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Etudiant en économie puis en cinéma, il publie deux livres d’interviews sur le cinéma vietnamien et notamment sur les pionniers. Il suit l’atelier Varan en 2008-2009 et réalise « Mon immeuble », sélectionné dans nombre de festivals, notamment au plus grand festival documentaire de Chine. Grâce à son film, il obtient la très prestigieuse bourse Fullbright de New-York, qui lui permet de suivre trois ans d’études de production à Austin (Texas), haut lieu du cinéma indépendant américain. Il revient ensuite au Vietnam et devient le producteur du collectif Varan Vietnam. En parallèle, il mène son projet d’écriture de long-métrage de fiction à partir de son documentaire de fin de stage « Mon immeuble ».

 

Pham Thi Hao

HAO

Après avoir participé à l’atelier Varan Vietnam, elle obtient le soutien de l’Institut Français du Vietnam, pour suivre l’Université d’Eté de la Fémis en 2010. Elle est aujourd’hui monteuse indépendante, montant les films du collectif et aussi sollicitée sur d’autres productions. Elle a par exemple monté le court-métrage « An other city », sélectionné à la Berlinale. Elle est aujourd’hui une des rares chefs monteuses indépendantes au Vietnam. Elle réalise également des installations et des courts-métrages expérimentaux.

 

Doan Thi Hong Lê 

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Journaliste pour la télévision publique de Da Nang (VTV), elle participe à l’atelier Varan en 2004, y réalise « La route est longue », puis à  nouveau en 2009 où elle tourne « A qui appartient la terre », sur l’expropriation de paysans par l’Etat, qui veut moderniser sa zone côtière et y implanter complexes touristiques et terrains de golf. Ce film est plusieurs fois nominé et primé en festivals, et reçoit par exemple le Prix du meilleur documentaire du festival online Yxineff. Elle anime depuis des ateliers de réalisation documentaire à Danang et y coordonne l’Atelier Varan. Elle travaille actuellement sur son nouveau projet de long-métrage « Mon père, le dernier des communistes », produit par Lê Minh et dont Hao assurera le montage. Elle a défendu le projet au DMZ Funds (Corée du Sud) et y a décroché une bourse d’aide à la post-production. Elle a également obtenu un soutien du service culturel de l’Ambassade du Danemark.

 

Duong Mong Thu

THUDiplômée en linguistique, elle travaille comme journaliste et rédactrice en chef à la télévision vietnamienne à Da Nang (VTV). Elle participe à l’atelier Varan de Da Nang et y réalise le film « Le Bandeloriste » en 2010, puis « La Natte de Mme Bua » en 2011, sur une femme résistante, torturée et devenue épileptique suite au choc. Ce film sur les anciens combattants s’interrogeant sur les valeurs, l’impact et l’utilité de leur révolution, a été très remarqué et a notamment remporté le Prix Ogawa Shinsuke à Yamagata (Japon), l’un des festivals de documentaires les plus prestigieux d’Asie. Elle finit actuellement de réaliser un long-métrage sur son père, où, à travers l’histoire paternelle, se racontent l’histoire familiale et celle du Vietnam. « Un week-end avec mes parents à Hai Phong » est en post-production et devrait être visible très bientôt ! A suivre…

 

Lê Tuyet Nhung

NHUNG

 

Journaliste et traductrice, elle a créé la société de production et de diffusion indépendante Varan Vietnam, qu’elle administre depuis lors avec une implication sans faille. Son rôle est primordial : elle fédère les membres du collectif, porte et perpétue l’esprit de Varan Vietnam et a une légitimité naturelle et une grande crédibilité vis-à-vis des collaborateurs et partenaires vietnamiens.

 

 

Nous attendons avec impatience ces longs-métrages documentaires vietnamiens, qui, nous l’espérons, trouveront une diffusion en France. Et nous vous attendons nombreux aux projections parisiennes de début 2016 (voir agenda plus haut) !